Big Bang

8052009

Lorsque j'aurai tout vécu
Tout testé tout éprouvé
Lorsque dans un matin bleu
Et froid
L'hiver commencera
Le vide s'installera
Et il faudra mourir

Toute nuit par son ombre profonde
Revit l'inexistant d'où naquit la première aube
Vide absolu créateur de toute plénitude
Orgasme silencieux du temps
A son apogée




Vide

7052009

Comme une graine qui germe,
Un vide au coeur de soi,
Immense, qui se creuse
Le monde autour, incompréhensible,
Se fractionne et s'amoncelle
En un tout unique angoissant
Et stérile.

Les fleurs dehors sont écloses
Je voudrais me gorger de soleil
L'instant stérile est immortel
Il faut pourtant qu'il meure
Qu'il prenne fin
Et que le vide aboutisse au plein…




Alegria !

3042009

alegria

For Michael,




On peut aller jouer ?

22112008

Pas besoin d’être bien ou mal élevé pour aimer jouer ! pas besoin d’être petit, grand, fille, garçon, riche, pauvre pour avoir envie de jouer !
Le jeu est quelque chose de naturel basé sur l’imitation et l’imagination. Mais les jeux actuels semblent l’avoir oublié…


Les jeux sans jouets sont les plus complets. Basés sur l’imitation et l’imagination pures, ils permettent d’apprendre à ETRE. Imiter maman, la maîtresse, la marchande, le chef des indiens, le voleur, etc., permet d’apprendre l’autorité et ses limites : on se rappelle longtemps du jour où la meilleure amie adorée s’est révélée être une cancre insolente au cours d’un de ces jeux, alors qu’elle était l’élève modèle et chouchoutée de la classe. Pas facile alors d’endosser le rôle de la maîtresse et de lui faire faire son exercice ! On se souvient aussi avec humour de ses propres injustices de chef indien, de ses colères, de ses bagarres dans lesquelles, finalement, on a appris l’amitié. On a aussi appris le sens de l’effort, de la persévérance et l’ingéniosité en essayant de vaincre les marées à coup de châteaux de sable. Le premier spectacle de cirque fait maison avec trois pauvres déguisements en crépon et le petit frère dans le rôle du lion, fut la grande découverte de l’organisation. Tous ces jeux permettent aussi de découvrir son corps, sa force, ses faiblesses.


Les jeux avec jouets constituent la transition entre ETRE et FAIRE. Plus le jouet est complexe, sophistiqué, électronique, spécifique, et plus le jeu consiste à FAIRE. Jouer à la poupée est bien plus riche quand la poupée ne parle pas. Jouer aux Playmobils offre mille possibilités pour imaginer, construire, essayer, tester… Les jeux de société sont aussi l’occasion de découvrir plein de choses, mais peu à peu on perd son rôle d’acteur pour devenir un joueur, un participant.


Un participant n’a pas forcément besoin d’avoir de l’imagination, ni beaucoup d’audace, ni d’être un bon stratège. Il suffit qu’il soit bon joueur.


Enfin, les jeux vidéos apprennent à FAIRE uniquement. Le jeu n’est alors plus vraiment un jeu. C’est un passe-temps… Il a même résolu le problème de la triche ! Les jeux vidéos sont des jeux pour apprendre à savoir, peut-être aussi pour apprendre à être sage… Ils ont oublié, ces jeux informatiques, qu’un jeu n’est pas fait pour rendre les enfants sages.


Un jeu, c’est fait pour bouger, découvrir, expérimenter.
Quoi de mieux qu’un jeu pour apprendre ? Quoi de mieux que le jeu pour éduquer ?
On nous rabâche, à longueur de paperasse éducation-nationalesque, que l’élève doit être acteur de son apprentissage et autres découvertes du siècle, mais qu’a-t-on inventé en fait ?
L’éducation par le jeu représente un potentiel énorme. Il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, tous les jeux éducatifs, ou encore le scoutisme qui base toute sa pédagogie sur le jeu ! Mais encore faut-il bien définir quelles sont les connaissances ou les valeurs à transmettre par ce biais.


On ne devrait jamais éduquer les enfants à être sages…




Nourriture spirituelle

13112008

Pain rompu pour un monde nouveau

« La vraie formation artistique, écrivait Hergé, comprend d’abord la formation morale de l’artiste. L’artiste a une très grande responsabilité dans ses œuvres et avant de produire, il doit commencer par former sa vie, une vie exemplaire à tout point de vue. Parce qu’un artiste exprime dans ses œuvres un idéal qui est le sien. »

Je ne suis pas entièrement d’accord avec Hergé, mais ce qu’il écrivait au sujet de la formation artistique est une bonne introduction à ce que je voudrais exprimer au sujet de la nourriture spirituelle.

Nourrir son esprit / sa sensibilité est un des exercices les plus exigeants et les plus importants de la création artistique. Et, en ce sens, je rejoins Hergé sur l’idée que cette « formation » spirituelle est la vraie formation de l’artiste. C’est à mon avis ce qui distingue un artiste d’un technicien ou d’un artisan. Un artiste ne maîtrise pas seulement un savoir-faire, une technique plus ou moins complexe et perfectionnée. Il essaie de transmettre au travers de son art (savoir-faire) un « idéal qui est le sien ». Il me semble que tous les artistes naissent d’abord « artisans », et qu’aucune école d’art, même la plus prestigieuse, ne peut former des « artistes »… sauf si l’on réduit la formation spirituelle de l’artiste à une formation morale comme le propose Hergé.

Mais la morale est une affaire bien trop sociale pour être suffisante à l’esprit artistique. La nourriture spirituelle de l’artiste ne doit pas reposer sur une morale, qu’elle soit sociale, religieuse, familiale, politique, économique, etc. Cette formation (ou nourriture) spirituelle doit tendre à la philosophie qui, contrairement à la morale, n’apporte pas de réponse à tout et une ligne de conduite à respecter, mais plutôt des questions sur tout et un éventail de possibilités. L’immoralité (possible) de l’esprit de l’artiste est bien sûr un danger pour la société. Mais, si l’artiste ne doit pas nécessairement faire preuve d’immoralité pour être artiste, celui qui craint d’être immoral en quoi que ce soit est simplement un technicien.

Je ne suis donc pas d’accord avec Hergé quand il estime que la vie de l’artiste doit être « exemplaire en tout point de vue ». Pour moi, l’artiste n’a pas non plus de « responsabilité dans ses œuvres » si ce n’est vis-à-vis de lui-même et de l’idéal qu’il s’est librement fixé. On ne devient pas artiste pour plaire à tel ou tel, ou pour exprimer le point de vue de telle ou telle faction. L’artiste n’est ni un porte-drapeau, ni un militant. C’est un être essentiellement solitaire et unique.

Pour le devenir, il doit nourrir son esprit.
Frotter sa cervelle à la cervelle d’autrui. Et tirer de cette confrontation la « substantifique moelle » qui permet de poser la question avec plus de profondeur encore.

La création artistique est un cri de soif, de joie, de douleur et d’accomplissement. Etre artiste ne naît pas d’un choix arbitraire. Une nécessité impérieuse préside à ce choix, pousse à l’accomplir et à tendre vers ce quelque chose d’(in)accessible qui constitue la vérité personnelle de soi-même.

La création nécessite de rompre le pain préparé par ceux qui nous ont précédé pour en faire émerger un monde nouveau.
Pour créer, nous avons besoin de nous nourrir de ce qui fut créé avant nous, de cette musique et de cette peinture, de ces livres et de ces sculptures, mais aussi de la vie du monde qui nous entoure, de ses mystères, de ses beautés, de ses vertiges. Nous devons nous nourrir de tout cela. Le rompre comme un pain ou le laisser mourir, pourrir et germer comme une graine. Le laisser décanter en nous.

Qu’importe que la société, ou l’esprit du temps, soit, ou ne soit pas, en accord avec ce monde nouveau. Il suffit pour créer d’être honnête spirituellement avec soi-même, et d’aller jusqu’au bout de cette honnêteté…